L’empreinte de Rubens dans la carrière artistique de Vigée-Lebrun

C’est la découverte du « fameux chapeau de paille » de Rubens – un portrait de sa belle-sœur Suzanne Fourment – qui donna à Elisabeth Vigée Le Brun l’envie de réaliser son propre portrait. Elle était alors en voyage en Flandres avec son mari, le célèbre marchand de tableaux Jean Baptiste Lebrun. Le tableau la « ravit », « l’inspira » et déclencha un tel désir de peindre qu’elle n’eut même pas la patience d’attendre son retour à Paris pour se mettre au travail. « Son grand effet, confie-t-elle dans ses Souvenirs, réside dans les différentes lumières que donnent le simple jour et la lueur du soleil; ainsi les clairs sont au soleil et ce qu’il faut bien appeler les ombres, faute d’un autre mot est au jour » (…) C’est donc le traitement de la lumière par Rubens qui déclencha le processus créateur, et l’on voit en effet comment elle a placé l’ombre au premier temps – ce qu’elle appelle « la lumière du jour » – et avec quelle grâce elle s’est coiffée du même chapeau de paille que Suzanne Fourment. On pourrait croire ainsi qu’Elisabeth s’identifie à la belle-sœur de Rubens, mais il y a une différence énorme entre les deux œuvres : Elisabeth s’est représentée palette et pinceaux à la main comme si le travail sur la lumière la conduisait tout naturellement à une réflexion sur l’acte créateur luimême.

(…) le tableau est construit en référence aux deux principaux instruments du peintre : la palette, bien sûr, et les mains. En mesurant la distance comprise entre les deux mains, nous constatons qu’elle est égale au tiers de la hauteur du tableau. De plus, l’oblique inscrite dans ce tiers central constitue l’axe du corps de l’artiste, autour duquel s’enroule l’énergie qui vient de la main droite, remonte le long du bras vers l’épaule, le visage, puis le chapeau, qui forme, remarquons-le, le signe de l’infini, pour redescendre en arabesque vers la palette chargée de couleurs, comme autant de promesses de création. Enfin, deux partie du corps sont particulièrement éclairées : la main droite naturellement qui semble ainsi capter l’énergie venant de la terre, et la poitrine, qui est le centre du système respiratoire et cardiaque, et en tant que tel, le siège du souffle, du rythme, en un mot de l’inspiration créatrice.

(…) Cet autoportrait aura une énorme influence sur sa carrière. « Peu de temps après mon retour de Flandres, en 1783, le portrait dont je vous parle et plusieurs autres décidèrent Joseph Vernet à me proposer comme membre de l’Académie royale de Peinture », relate-t-elle dans ses Souvenirs.

Self Portrait in a Straw Hat after 1782, Elisabeth Louise Vigée Le Brun
Left: Self Portrait in a Straw Hat, after 1782, Elisabeth Louise Vigée Le Brun
Right: Portrait of Susanna Lunden(?) (‘Le Chapeau de Paille’), probably 1622-5, Peter Paul Rubens

Pour citer cet article

Bonnet Marie-Jo, « Femmes peintres à leur travail : de l’autoportrait comme manifeste politique (XVIIIe-XIXe siècles). », Revue d’histoire moderne et contemporaine 3/2002 (no49-3) , p. 140-167
URL : www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2002-3-page-140.htm.

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